Le RN Julien Sanchez, le 18 mars 2026 à Nîmes où il est candidat à la mairie ( AFP / Gabriel BOUYS )
"Ca va se jouer entre le communiste et moi", martèle l'eurodéputé RN Julien Sanchez. Mais la droite, finalement réconciliée à Nîmes pour le second tour, n'a pas dit son dernier mot dans cette municipale très ouverte.
La préfecture du Gard était jusqu'à présent l'une des plus grandes villes encore détenues par Les Républicains.
Mais au premier tour, les électeurs de la cité antique ont placé en tête le RN Julien Sanchez (30,39%), avec 163 voix seulement de plus que le conseiller municipal d’opposition PCF Vincent Bouget (30,05%), à la tête d'une liste allant des communistes aux amis de Raphaël Glucksmann, mais sans LFI.
Face à eux, les deux frères ennemis de la droite locale, Franck Proust, troisième du premier tour avec 19,55% des voix, et Julien Plantier, quatrième avec 15,55%, se sont résolus à s'unir.
Alors sur le terrain, aux heures de marché, c'est le chassé-croisé des candidats.
"Il est temps que les Nîmois de droite votent pour la seule liste en capacité de rassembler au second tour. Sans cela, ce sont les communistes qui gagneront", insiste Julien Sanchez, 42 ans, régulièrement abordé par des sympathisants aux Halles de cette ville de 150.000 habitants.
A ceux qui lui reprochent d'avoir été pendant dix ans maire d'une autre ville du Gard et donc d'être "étranger à Nîmes", il réplique, agacé, que les gens "retiennent surtout qu'il a fait ses preuves à Beaucaire".
- Mariage de raison -
Le communiste Vincent Bouget (C), le 18 mars 2026 à Nîmes où il est candidat à la mairie ( AFP / Gabriel BOUYS )
Le vice-président du parti de Marine Le Pen fustige la liste de droite, née de la fusion de celles de Franck Proust, le bras droit du maire sortant Jean-Paul Fournier, et de l'ex-premier adjoint LR entré en dissidence Julien Plantier.
"Ils vont faire moins de 20%", anticipe celui qui a répété dans le journal local Midi Libre qu'il "voterait pour Trump s'il était américain" et s'affiche en défenseur de la corrida.
A quelques dizaines de mètres, Julien Plantier, avocat de 40 ans désormais en troisième position sur la liste de droite unifiée, justifie cette alliance par la nécessité d'éviter que la ville "bascule dans les extrêmes".
"Plantier et Proust, c'est la continuité, ils ont le soutien des commerçants. La fusion, c'est logique", analyse Borca (qui n'a pas souhaité donner son nom de famille), un "homme de ménage" attablé à une terrasse.
Franck Proust poursuit ensuite sa campagne sur le marché de Pissevin, quartier paupérisé et gangréné par les trafics de stupéfiants. "C'est nous qui sommes en tête, pas le RN, si on additionne nos deux listes", répète-t-il en distribuant son nouveau tract sous le slogan "Le choix de la raison".
"Ca fait 10 ans que les gens vivent dans l'insécurité. Ils en ont marre. Beaucoup ne votent pas, ils pensent qu'ils sont tous pareils", estime Zoher, 61 ans, commercial.
- "Aventurier de la politique" -
Le LR Franck Proust (C), le 18 mars 2026 à Nîmes où il est candidat à la mairie ( AFP / Gabriel BOUYS )
Mercredi soir, face aux arènes, Vincent Bouget, professeur d'histoire-géographie de 46 ans encarté au PCF depuis l'accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle en 2002, a réussi à réunir entre 1.000 et 2.000 personnes pour un meeting en plein air.
Lui prône non pas un "choix de raison", non pas "la voie du repli, des discriminations et des injustices" mais "le choix de l'écoute, du dialogue, de la démocratie, de la réussite et de la solidarité".
Il espère réitérer le scénario de 1995, lorsqu'une droite fractionnée avait été battue par le communiste Alain Clary. Mais "alerte" sur le fait qu'une victoire de la gauche "n'est pas acquise".
Vincent Bouget dit lui aussi ne pas "sentir de dynamique à droite" et se concentre sur le candidat RN, un "aventurier de la politique" qui a "fait de Jean-Marie Le Pen et Donald Trump des modèles".
Si la ville, dirigée par Jean-Paul Fournier depuis 25 ans, basculait à gauche ou à l'extrême droite, ce serait une grosse perte pour LR.
Pour le RN, qui essaie d'assoir son implantation sur l'arc méditerranéen, comme pour le PCF, qui n'avait cessé de reculer dans le sud, ce serait une victoire significative.
Bruno Retailleau, le patron de LR, et celui du RN, Jordan Bardella, ne s'y étaient pas trompés en venant soutenir leurs candidats avant le premier tour.

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